free web stats
Les voiles de Salomé

06/06/2011

Salomé : dévoilements du mythe

Numéro spécial des Oscholars, Automne 2012

Depuis sa brève mention biblique via sa censure moyenâgeuse jusqu'à son omniprésence à l'ère de la décadence, le mythe de Salomé n'a cessé defasciner. En 1892, la Salomé théâtralement offerte d'Oscar Wilde – prélude à celle de l'Opéra de Richard Strauss – connut de fait un succès mondial, dont les répercussions furent tout autant cinématographiques que chorégraphiques, littéraires et picturales. Ce mythe serait-il donc celui d'un souriant mouvement, de la danse dépassant l'image et devenant langage ? Ou s'agit-il avant tout d'une terrible tragédie du « voir » ? Qu'on la nomme Salomé, Hérodias ou Hérodiade, la danseuse aux sept voiles, en ses multiples persona, époques et manifestations sera au coeur de la réflexion. Pour ce numéro spécial des Oscholars – célèbre revue électronique consacrée à Wilde et à la fin de siècle – nous sollicitons donc des articles originaux (en anglais ou en français) sur tout aspect du mythe de Salomé.

Salome Cinema

Envoyez vos propositions de 300 mots, en anglais ou français, à Virginie Pouzet-Duzer avant le 1er décembre 2011.

Nous vous ferons savoir avant février 2012 si votre proposition a été ou non retenue. La date limite de réception des articles (entre 1500 et 2500 mots) est le 1er mai 2012.

Pour trouver davantage d'informations sur les Oscholars et pour consulter les numéros spéciaux précédents, voir ici 

11:14 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

20/12/2010

Soirs de Décadences

« Jouir, Mourir

Donne moi tes seins, et sois la Salomé d’autres âges, mets tes mains brûlantes sur ma face, et donne moi ton corps, donne-toi toute, éperdument. Que mes doigts puissent se crisper en l’or fluide de tes lourds cheveux et mordre le fluide savoureux de tes lèvres. Sois impure, sois vicieuse, sois courtisane. Que ton geste soit celui que mes névroses exaspérées attendent. Il me faut tes spasmes et tes étreintes pour fouetter mes désirs et pour revivre la joie de chair des autrefois.

salome-mossa.jpg

Et mourir par un soir pareil. »

Hector Fleischmann, « Les Soirs de Décadences – I – Salomé », Le Rêve poétique, août 1901. 

20:10 Publié dans Voiles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hector fleischmann, gustave adolphe mossa

13/12/2010

"Salomé triomphante"

toudouze-salome-triunfante1.jpg

Quand ce carnet virtuel fut commencé vers 2005, en un temps où les blogs littéraires, pailletés de "nouveau", vivaient encore leur belle heure de gloire et qu’obsessionnellement, presque chaque jour, je retissais ce mythe, il y avait encore relativement peu d’images et quasiment pas de vidéos salomesques en ligne. Aussi ne pensais-je pas que l’œuvre d’accumulation serait par trop titanesque. Or, depuis quelques années, si j’ai souvent Salomé à l’esprit, je n’ose plus  guère transformer en notes mes pensées et l’àquoibonisme tend à m’éloigner de cette page. Mais après tout, n’ai-je pas décidé de m’occuper d’un numéro spécial des Oscholars sur le mythe de Salomé en 2011-2012 ? Ne vais-je pas dès janvier parler au MLA de jeunes femmes fatales ? Dès que le nom liquide de Lolita pointe le bout de son nez en hasard objectif, j’ai des envies d’écrits. Et puis tout à l’heure, sur un blog qui joue photographiquement (souvent avec brio) d’une époque qui m’intéresse autant picturalement que textuellement, d'une ère sur laquelle j’ai tant plaisir à travailler, le rouge sang m’a rappelée ici. Alors soit, reprenons.  

04:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : toudouze, salomé, fatal virgins

04/09/2009

Judith en Salomé

La célèbre analyse d’Erwin Panofsky (dont on trouvera trace par ici) revient à supposer que la connaissance du peintre, de ses habitudes et de son milieu offre à l’amateur d’art féru de textes bibliques et expert en mythologie un fil directeur. Ou plutôt, il s’agit là d’une structure, d’un docte cadre où serait à même de s’inscrire l’implacable logique d’un détective esthète. Et de fait, la quête du titre du tableau n’est autre qu’une enquête : Judith ou Salomé, il faut savoir trancher.

judith-c.jpg

Mais ne pourrait-on pas tenter d’éviter l’écueil d’une analyse qui ne serait qu’historiographie ? Conclure en effet que la clef de l’énigme se trouve très objectivement au cœur des us et coutumes de l’artiste et de son école, c’est faire peu de cas de la subjectivité du spectateur et supposer qu’il faille nécessairement accumuler un savoir d’historien de l’art, avant que de pouvoir apprécier esthétiquement la portée d’une œuvre picturale.

Essayons alors d’oublier un instant l’époque et ce que nous savons du peintre pour revenir aux deux figures bibliques de Judith et de Salomé. Comme Panofsky, ce sont essentiellement la tête en son plateau et l’épée qui attirent notre regard. Soulignons l’absence d’ancillaire jeune femme qui aurait pu avoir aidé Judith, tandis que les sombres figures masculines nous donnent à penser que les gardes ont confié leur sabre mortifère à celle qui voulait la tête du Baptiste. Des stigmates poivres et sel dans la barbe (voire des plis douloureux sur le front fatigué), on ne saurait conclure qu’il s’agit d’Holopherne car l’âge de Jean-Baptiste n’est pas non plus certain ; reste que tête, il y a ! Et subjectivement, si l’on conclue ici sur le nom de « Judith » c’est que l’on fait du pourpre éclatant de l’étoffe au premier plan à droite l’esquisse repliée du sac de tissu – dérobé dans la robe – où se dissimulera le fatal trophée. D’ailleurs est suggéré un léger déhanché, un souple pli du bras glissant vers le côté pour que chute, il y ait.

 

16:46 Publié dans Trame | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : judith, salomé, panofsky, hyphologie

14/06/2008

Chorégraphiquement fui...

« Voici définie une parfaite méthode de lecture: remplaçons la danseuse par Mallarmé lui-même, substituons au texte chorégraphique les figures verbales d'un poème, et nous aurons trouvé le moyen le plus commode d'entrer dans son univers tout en restant fidèle à sa leçon. » (Jean-Pierre Richard in L’Univers imaginaire de Mallarmé)

Beardsley.jpg

Un univers mallarméen dans lequel on pourrait entrer si la leçon fidèlement suivie n’était pas, justement, que le seuil sied au spectateur, que le lecteur aussi peut judicieusement y demeurer songeur.

 

Songeons donc un instant, à l’orée de la rampe et du chemin, en cette arrière-scène de bas-côtés…  

 

Mallarmé, de fait, n’est pas la Danseuse, ne saurait donc lui être tout à fait substitué. Accepter ainsi une méthode de lecture où les figures verbales seraient équivalentes aux figures chorégraphiques, où la stylistique des corps pensant égalerait celle de l’esprit se faisant chair, n’est-ce pas en effet céder sans façon au célèbre démon de l’analogie ?   

 

Et d’ailleurs le poète ne joue guère ici à se féminiser d’entrechats. Loin, bien loin de cette « virginité de site étranger, à tout au-delà, pas songé, » il est celui qui se promène en terra cognita, celui qui flâne aussi en « une matinée bientôt d'été, en un jardin » se « remémor[an]t, pour les exclure, les sensations de la saison théâtrale récente. » En d’autres mots, tandis que la Danseuse de la mémoire de Mallarmé habilla le néant virtuel de sa danse, peupla la nudité scénique de sa chorégraphie, il avance quant à lui pas à pas au présent dans la réalité. Là où la danse fut affaire de figures à bâtir et de fleurissements en devenirs, le poète reste celui qui choisit, exclut et puis décide non pas de faire surgir l’ampleur immense du tissu de ses pensées en expansion, mais bien d’élire, en esthète, ses souvenirs. Une seule danse (c’est-à-dire une unique danseuse) trouve grâce ainsi en sa mémoire – affaire de diamants, de virevoltes d’hivers et puis d’étendues vierges – Hérodiade en somme, irrémédiablement inscrite en ses pensées.

 

Au fil de la promenade, les impressions mémorielles éparses de Mallarmé infusent le texte entier et, s’y glissant, la chorégraphie de Loie Fuller tisse aussi quelques métaphores arachnéennes de soie en jeux de voiles et de lumière. Art de l’éphémère papillonnant que celui des tourbillons épanouis de tissus propagés, cette solitaire danse qui tel un inestimable joyau scintillait l’hiver précédent, brille encore, précieuse et rare, sous la plume du poète.    

 

Or, loin de Paris et de la scène, le promeneur va bientôt laisser ce « hâtif soleil naturel » dissiper toute « réminiscences citadines. » Ce qui demeurera alors et qui demeure encore n’est autre que le texte, tandis que la vision silencieuse et muette, cette vision au charme pourtant spirituel s’est déjà effacée, dispersée par la mode. Car la foule « en stupeur, » trouvera de nouveau une « délicieuse éclosion contemporaine, suggestive, spéciale. » De la fulgurance en éclair de ce qui fut la « forme théâtrale de poésie par excellence » momentané seyant aux ailes des papillons comme aux plis d’éventails – il ne reste donc rien, à jamais, de tangible. Mais fixant son vertige, Mallarmé a happé, aussi, des lueurs insaisissables. Vestige alors ou ruines que ce froufrou des phrases, longues et soudain incises, ces vagues fascinantes poursuivies doucement en adverbes qui s’allongent, délicieux décombres inscrits sur le papier de ce qui se nomma, un jour, peut-être, chorégraphie.

10:04 Publié dans Salomé électrique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mallarmé, fuller, littérature, lecture, écriture, danse

06/06/2008

Salomé électrique II: coruscantes expériences

De la visite qu’elle rendit en 1896 à son ami Thomas Edison, en son laboratoire du New Jersey, Loie Fuller rapporta quelques sels phosphorescents devenus bientôt paillettes scintillantes sur la soie de ses costumes de scène en papillonnements : la Danse phosphorescente était née. 

LoietLarbre.jpg

Quelques années plus tard, en 1904, à la grande surprise de Fuller, Pierre et Marie Curie refusèrent de lui prêter ce radium indispensable aux ailes de papillon irradiées dont rêvait leur amie, et la Danse du Radium n’eut jamais lieu.


Entre ces deux moment d’éclats, la danseuse se brûla les sourcils dans l’explosion de sa demeure parisienne, l’expérience des sels de sulfure mêlés au calcium et au magnésium n’ayant éclairé au bout du compte que la compagnie qui assurait Fuller, et qui mit fin à son contrat.


Phalènes, pyrales et puis phosphores, le fil d’Ariane de Loie Fuller fut filament luciférien.

 

A suivre
 

21:44 Publié dans Salomé électrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, loie fuller, thomas edison, pierre et marie curie

15/05/2008

Salomé électrique - Interlude

« Quand, au lever de rideau, dans une salle de gala ou tout local, apparaît ainsi qu'un flocon, d'où soufflé ? miraculeux, la Danseuse, le plancher évité par bonds ou que marquent les pointes, immédiatement, acquiert une virginité de site étranger, à tout au delà, pas songé ; et que tel indiquera, bâtira, fleurira la d'abord isolante Figure. Le décor gît, futur, dans l'orchestre, latent trésor des imaginations ; pour en sortir, par éclats, selon la vue que dispense la représentante ça et là de l'idée à la rampe. Pas plus ! or cette transition de sonorités aux tissus (qu'y a-t-il, mieux à un voile ressemblant, que la musique !) est, visiblement, ce qu'accomplit la Loïe Fuller, par instinct, avec ses crescendos étalés, ses retraits, de jupe ou d'elle, instituant le séjour. L'enchanteresse crée l'ambiance, la tire ainsi de soi et l'y rentre, succinctement ; l'exprime par un silence palpité de crêpes de Chine. » (Stéphane Mallarmé cf. )


« Voici définie une parfaite méthode de lecture: remplaçons la danseuse par Mallarmé lui-même, substituons au texte chorégraphique les figures verbales d'un poème, et nous aurons trouvé le moyen le plus commode d'entrer dans son univers tout en restant fidèle à sa leçon. »
(Jean-Pierre Richard in L’Univers imaginaire de Mallarmé)

23:36 Publié dans Salomé électrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mallarmé, loie fuller, frères lumière, jean-pierre richard

16/04/2008

Salomé électrique I: le serpent à deux têtes.

Elle était rondelette, replètement petite, toujours mal habillée, portait de sempiternelles lunettes d’institutrice – mais après tout, seule comptait La Fuller qu’elle devenait sur scène. Sur un coup de tête, Loie âgée de trente ans avait décidé de tenter sa chance à Paris et traversa l’Atlantique, sa vieille mère dans les bagages.

Paris, toujours Paris et puis Loie fila, en fiacre, aux Folies.

1564075577.jpg

Serpentesque découverte, immense déception: cette danse de volutes fluides et virevoltantes inventée par Loie dès 1891 pour les planches new yorkaises, était, à l’affiche, déjà attribuée à une compatriote, plagiaire de génie. Il fallut à la danseuse auditionnant le jour-même se réapproprier cette contrefaçon, faire sienne de nouveau une chorégraphie qu’elle avait initiée; mais Édouard Marchand ne s’y trompa pas et, remerciant Maybelle Stewart la fausse serpentine, engagea celle qui ferait des Folies-Bergères le temple de l’Art-Déco.


A suivre


(NB: L’excellente et récente étude
« Electric Salome » de Rondha Garelick - en cours de lecture pour une revue d'ouvrage chez les Oscholars - est le point de départ de ces divagations autour de la figure de Loie Fuller)

17:15 Publié dans Salomé électrique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : salomé, loie fuller

13/03/2008

« mièvre et féroce »

Madame Daudet, lectrice de l’Hérodias de Flaubert: « Jamais cet épisode si connu de l’histoire juive était apparu avec cette magie de vérité et cette grâce mièvre et féroce que la danseuse Salomé, les lèvres et les sourcils peints, un carré de soie changeante aux épaules, les pieds chaussés de petites pantoufles en duvet de colibri, à demi romaine et barbare, communique à tout ce récit, le plus complet peut-être des trois contes » (Julia Daudet, Études Littéraires - initialement publié sous le pseudonyme Karl Steen, dans le Journal officiel du 12 juin 1877).

1232251519.jpg

Plus loin, la même sur Les Princesses de Banville « Ces sonnets ressemblent à des tapisseries anciennes, où sont tissées, dans un cadre tout orné d’attributs mêlés de feuillages exotiques, des nobles dames et des déesses. Chaque point a la saillie d’une perle; et pourtant les couleurs se fondent si bien, brillant si finement que les yeux des femmes, leurs mains roses resplendissent encore parmi ces magnificences qui leur prêtent seulement le feu d’un rayon, la caresse d’un reflet. Rien de plus lumineux, rien de plus doux » (Julia Daudet, Études Littéraires).

14:18 Publié dans Voiles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : julia daudet, karl steen, théodore de banville, gustave flaubert, salomé

02/03/2008

« Une fois de plus »

Et lors la sixième est aveugle
Comme un pinson tout à chanter,
Et la sixième, elle, est aveugle
Car voici qu'on est à aimer,

Et que des mets sont sur des tables,
Et que du vin coule de nuit,
A bougies brûlant sur des tables
Où sont des fleurs avec des fruits.

Or gestes alors qui se pressent,
Vins bus, paroles échangées,
Lèvres tendues, yeux qui se baissent,
Chair ici qui jette les dés.

C'est temps allé qui se dérobe,
Et la tête de Jean coupée
Qu'emporte saignante en sa robe
Une fois de plus Salomé,

Car la sixième, elle, est aveugle,
Comme un pinson tout à chanter,
Car la sixième, elle, est aveugle,
Et puis voici qu'on a aimé.

(Max Elskamp « La Vie » in Huit chansons reverdies.)

1759617680.jpg

19:55 Publié dans Voiles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : elskamp, salomé, maud allan